Comment raviver notre démocratie : Partie III de III
Publié le 12 novembre 2011, dans Democratic Reform, Leadership. (l’administration)
Si nous voulons que le Canada excelle au 21e siècle, il faut réformer en profondeur les partis politiques et les processus de participation de la société civile.
Le texte qui suit est de dernier d’une série de trois qui traite de l’insatisfaction des citoyens canadiens face à la politique telle qu’on la pratique aujourd’hui. La Partie un soulignait à quel point il était important de réexaminer le rôle des organes publics pour contrer le dysfonctionnement gouvernemental. La Partie deux proposait la création d’un conseil canadien des gouvernements, dynamique et responsable, dont la mission serait de stimuler une coopération ouverte et constructive parmi tous les niveaux de gouvernement. La Partie trois traitera de la façon dont les partis politiques et la société civile doivent évoluer si nous voulons vraiment résoudre le problème du déficit démocratique au Canada.
Pour rétablir la confiance du public par rapport à nos institutions politiques, les partis politiques et les groupes au sein de la société civile doivent entreprendre une démarche fondamentale afin de revoir leur rôle, leurs structures, et leurs activités, et endosser la responsabilité qui leur revient : répondre aux aspirations et aux préoccupations des Canadiens.
Dans les années qui viennent, la politique canadienne continuera de pivoter autour des partis politiques. Ils sont encore nécessaires en tant qu’organismes au sein desquels les conflits sociaux sont gérés et les intérêts divergents réconciliés sous forme de projets de société différents, mais cohérents. Il serait erroné de croire que dans une société civile, on puisse abandonner entièrement le concept des partis politiques et s’en remettre strictement à la mobilisation autour de problèmes spécifiques. Toutefois, les anciennes divisions idéologiques entre conservateurs, libéraux et néo-démocrates — ces traditionnels conflits du 20e siècle opposant l’interventionnisme au libre marché, l’étatisme au libéralisme — ne sont plus pertinents. La politique au vingt et unième siècle est beaucoup moins idéologique et beaucoup plus idiosyncrasique, beaucoup plus attentive au caractère des hommes politiques, à leur direction, et à leur capacité d’offrir une vision à long terme capable d’inspirer l’électorat.
Les partis politiques ne peuvent plus se fier à leur base populaire traditionnelle pour mobiliser les électeurs. Entre les campagnes électorales, les partis politiques et leurs programmes n’ont plus d’écho auprès du public auquel s’offre, à travers les réseaux sociaux, une gamme d’options beaucoup plus attrayantes et stimulantes pour bâtir le monde ou les communautés. À l’âge des communications instantanées et des médias sociaux, les partis politiques doivent devenir accessibles à tous.
Pour survivre, tout parti politique devra désormais savoir inspirer par ses principes et ses objectifs — offrir une vision cohérente du type de pays et de société qu’il nous faut édifier ensemble — et répondre aux aspirations des Canadiens en s’ouvrant sur de vastes horizons. Dans ce but, il devra constamment formuler des prises de position politiques pratiques et intelligibles à tous (par exemple, la plate-forme en ligne du Président américain Barack Obama – www.whitehouse.gov). Le parti devra à la fois chercher à maintenir un contact constant avec les coalitions disparates de la société civile, puis, en campagne électorale, chercher à les persuader de mobiliser leurs adhérents respectifs à soutenir les candidats d’un parti choisi.
Au cours de la dernière décennie, des progrès importants ont été faits en vue de créer des partis politiques plus ouverts et plus inclusifs. Tous les principaux partis au niveau fédéral ont maintenant adopté le principe du scrutin universel, ce qui permet à tous les membres de choisir leur chef — une importante amélioration par rapport à l’ancien système des congrès d’investiture qui excluait la majorité des membres du parti, sans compter les individus qui n’en étaient pas membres. Désormais, les compagnies et les syndicats ne bénéficient plus de l’avantage d’imposer leurs conditions aux partis en misant leur statut comme donateurs importants. Les partis ont toutefois encore fort à faire pour ralentir leur rapide déclin et leur perte de pertinence.
Une lacune qu’il est urgent de combler est l’inaptitude d’un parti à proposer des candidats authentiques et motivés en campagne électorale. Les partis doivent réformer leurs procédures de nomination afin de présenter des candidats qui soient acceptés par les électeurs de circonscriptions individuelles, plutôt que seulement par la machine du parti. Les associations de comtés devraient se doter d’un droit de veto sur les candidats potentiels, pour pouvoir seules juger de l’aptitude d’un candidat à exercer ce poste. La responsabilité première de ces associations serait ainsi d’encourager le débat le plus dynamique possible entre les candidats potentiels dans un nombre maximum de forums possibles — cafés, pubs, ou encore centres communautaires. Chaque résident électeur dans le comté devrait ensuite être habilité à voter par courrier pour le candidat de son choix grâce à un vote transférable (où les électeurs identifient leurs trois premiers choix). Le candidat choisi serait ainsi un candidat non seulement connu de l’électorat, mais un candidat qui doit son allégeance aux personnes qui l’ont élu, et non à la machine du parti ou à un groupe non représentatif de membres du parti. Ces réformes pour promouvoir la participation ouverte et inclusive de la communauté dans la nomination de candidats nationaux doivent être accompagnées de réformes parlementaires afin de limiter le pouvoir excessif du bureau du premier ministre, du chef du parti et de leur coterie qui, jouant de leur influence, peuvent déjouer la supervision législative et réduire les membres du Parlement à de simples eunuques, ni plus ni moins.
De pair avec cette transformation des partis politiques, le rôle et l’activité des groupes de la société civile vont également changer fondamentalement. En revendiquant de plus en plus leur place au cœur du processus politique, les groupes de la société civile en campagne électorale n’auront plus comme simple rôle de transmettre aux membres et aux candidats du parti des questionnaires formels auxquels on répond de manière tout aussi formelle. Ils ont d’ores et déjà le pouvoir d’influencer les lignes directrices et les programmes des partis politiques. Ils doivent enfin pouvoir influencer chaque étape du processus allant de la nomination des candidats par les partis politiques à l’identification des questions clés lors des élections, en passant par le choix de candidats acceptables lors de l’élection. Pour renouveler du rôle des groupes parmi la société civile, il faudra réduire les restrictions importantes encore imposées sur l’activité d’organisations admissibles au statut d’organismes sans but lucratif. En appuyant la politique du premier ministre Dalton McGuinty en faveur des énergies vertes, le Dr David Suzuki offre un excellent exemple d’intervenant de la société civile exerçant une influence efficace sur la ligne d’action d’un parti politique.
À l’échelle nationale, le premier ministre Stephen Harper et le parti conservateur sont présentement beaucoup plus astucieux que tout autre parti dans l’art de manier le jeu des formations politiques au 21e siècle. Le Parti conservateur est capable de miser sur l’appui de groupes restreints qui défendent des politiques spécifiques — contre le contrôle des armes à feu, contre l’immigration, contre les taxes, et pour le rétablissement des symboles de la monarchie — réunissant ainsi un nombre critique d’électeurs, dont l’adhésion au parti devient une source de revenus fiable le jour de l’élection.
L’aptitude à s’assurer ces votes marginaux est ce qui permet de gagner des élections dans cette atmosphère de cynisme et d’irresponsabilité. La ligne d’action des principaux partis politiques est tellement similaire d’un parti à l’autre que les campagnes électorales deviennent un concours de personnalités, et dans ce contexte, l’aptitude à mobiliser plusieurs petites coalitions fait foi des résultats.
Grâce à l’absentéisme aux élections fédérales de mai dernier (près de 40 pour cent des électeurs), les conservateurs ont tiré parti d’une coalition gagnante, et remporté une importante majorité, excluant ainsi la majorité des Canadiens ralliés sous la bannière libérale ou néo-démocrate, et animés d’idéaux politiques progressistes.
Le Canada affronte aujourd’hui une période critique. Nos enjeux environnementaux, économiques et sociaux sont tels qu’il nous faut réécrire le contrat social qui a soutenu notre démocratie depuis la Seconde Guerre mondiale, et transformer nos institutions politiques pour restaurer une démocratie représentative et un gouvernement animé de principes et du sens des responsabilités à tous les niveaux de ses activités — rien de moins. Nous devons tous travailler ensemble pour restaurer un sens de justice sociale, d’équité et d’équilibre, et pour garantir à tous les Canadiens un monde croissant de possibilités — à ceux qui, de plus en plus nombreux, approchent de l’âge de la retraite, qui ont contribué à l’endettement national, à l’usure des infrastructures et à la dégradation de l’environnement . Il faut assurer un avenir aux Canadiens plus jeunes, sans emploi ou sans emploi stable, mais qui croient toujours en de meilleures perspectives. Il faut renouveler les partis politiques et encourager un engagement plus énergique de la part de la société civile pour que la vie politique soit de nouveau axée sur le long terme et non sur les jeux de pouvoir à courte vue de ceux qui considèrent les Canadiens que comme de simples consommateurs et des contribuables repliés sur leurs petites préoccupations.
Les Canadiens ont déjà maintes fois manifesté qu’ils étaient capables, beaucoup plus que leurs chefs politiques, de s’unir pour protester contre l’injustice et pour rechercher les moyens de renforcer le tissu social et l’engagement collectif afin de construire ce qui pourrait être une des grandes nations du 21e siècle. Il est grand temps de retrouver une direction politique résolue et créative, vouée à restaurer notre confiance en nous et notre aptitude à gérer le changement, et capable de s’assurer que nous tous, Canadiens, prenions part entière à la promotion d’un avenir riche et prometteur pour nos enfants et nos petits-enfants.
